Chateau Unang – Rapport de Vendanges/saison 2026
Quatre vagues de chaleur et un mois de septembre sec.
Après un hiver pluvieux (+400 mm) – ce qui nous fait toujours plaisir – nous pensions que 2026 pourrait faire face à tout ce que les dieux de la météo auraient pu lui réserver. Les nappes phréatiques étaient reconstituées, les sources débordaient, et cela s’annonçait comme un début d’année prometteur, alors que nous avions décidé de planter de nouvelles vignes (davantage de cépages blancs dans la vallée).
Dans certaines régions de France, le temps était vraiment pluvieux, avec de nombreuses crues et des eaux stagnantes. En février, des photos insolites ont circulé, montrant des vignerons taillant leurs vignes… depuis des canoës.
Ainsi, lorsque les températures ont atteint la température folle de 38 °C à la mi-mai, nous nous sommes dit : « Bon, c’est extrême, mais au moins nous disposons déjà d’une réserve d’humidité. » Ce ne sont pas des températures auxquelles nous sommes habitués à cette période de l’année. Et puis elles ont continué à se succéder, pratiquement chaque mois. Nous n’avons pas connu les 44 °C délirants de Bordeaux (je n’arrive toujours pas vraiment à comprendre comment il a pu faire aussi chaud si près de l’Atlantique), ni ceux de la Loire (où le fleuve s’était réduit à un filet d’eau par endroits en septembre), ni leurs terrifiants incendies, mais nous avons connu des températures bien au-dessus de 30 °C pendant de longues périodes tout au long de notre saison.
Nous pratiquons la culture sans irrigation dans un secteur et une région qui s’appuient de plus en plus sur l’irrigation. Bien que cela soit techniquement illégal pour les appellations (AOC), chaque année, début juin, une notification officielle est publiée, indiquant en substance : « en raison de la chaleur extrême ou de la sécheresse, vous êtes autorisés à irriguer ». Et les viticulteurs installent le matériel nécessaire pour le faire – s’ils le font, c’est qu’ils l’utiliseront. D’une manière générale, nos vignes ont tenu le coup, mais avec des rendements nettement réduits. Les vieilles vignes possèdent un système racinaire profond et peuvent puiser dans toutes les ressources disponibles. Le château est situé à cet endroit précisément en raison des sources naturelles qui l’entourent ; il y a de l’humidité ici. Nous sommes également situés sur les collines, ce qui nous procure une fraîcheur supplémentaire grâce à notre altitude (jusqu’à 350 m) et à l’influence des Monts de Vaucluse voisins (+700 m), sans parler du Mont Ventoux (1 912 m). De plus, toutes nos parcelles de vignes sont entourées de forêts qui font office de réservoir d’air frais, lequel se répand dans les vignes pendant la nuit.
Ainsi, les vieilles vignes issues de cépages du sud s’en sont bien sorties. En revanche, nous avons constaté que notre Syrah, habituée à des régions plus septentrionales, avait du mal. Elle ne semble pas pouvoir contrôler sa transpiration naturelle pendant les périodes de forte chaleur comme le fait le Grenache. Elle est donc plus susceptible de subir un stress.
Les jeunes vignes, qui n’avaient pas encore développé leur réseau racinaire profond, semblaient elles aussi en piteux état. Notre nouvelle plantation en était l’exemple le plus flagrant. On aurait dit que nous avions planté une nouvelle variété de vigne naine, d’environ 20 cm de haut. Nous avons fini par les arroser à la main à 13 reprises, même en septembre. Du jamais vu. Lorsque nous sommes arrivés à Unang en 2001, notre viticulteur et expert sur place, Mohamed (qui s’est rendu à nouveau à Unang cette année), nous avait dit qu’à Malemort, le climat était suffisamment frais et humide pour qu’il ne soit pas nécessaire d’arroser les jeunes vignes. Comme les temps changent.
Pour ceux qui se demanderaient ce que nous avons planté, il s’agissait principalement de Clairette, avec un peu de Rolle (nom français du Vermentino), de Grenache gris et de Clairette rose. C’est le Grenache gris qui a le mieux supporté la chaleur. Il semble toutefois que nous ayons perdu environ 25 % des plants à cause de la sécheresse, mais nous connaîtrons le chiffre exact au printemps.
Un point positif de la saison a été que la floraison s’est déroulée dans des conditions clémentes et que la nouaison a été bonne. La saison sèche a empêché ces raisins de bien se remplir, mais nous a permis de réduire considérablement le nombre de traitements dans le vignoble par rapport aux années précédentes, car la pression du mildiou était faible. Avec la chaleur, lorsque des orages sont survenus, ils ont été particulièrement violents. Il n’était pas vraiment surprenant que nous ayons été frappés par la grêle à deux reprises. Au moins, à Unang, elle était mêlée à de la pluie ; d’autres endroits ont été bien plus durement touchés.
En raison de la chaleur et de la sécheresse, les vendanges ont eu lieu tôt. Une parcelle de Syrah a été récoltée dans les derniers jours d’août (comme en 2003 et 2022), et nous avons terminé dans les derniers jours de septembre (comme en 2022). Cela représente un avancement de 10 à 14 jours par rapport à ce à quoi nous sommes habitués. À l’inverse, lors de l’année fraîche de 2013, nous n’avons commencé les vendanges que le 2 octobre.
Sept semaines sans pluie pendant les vendanges, c’était également une première. À l’inverse, septembre 2025 avait connu 200 mm de pluie – il pleut toujours en septembre, souvent à plusieurs reprises, mais généralement à la nouvelle lune, vers la deuxième semaine du mois. Les températures diurnes sont restées entre 30 et 35 °C tout au long du mois, et même les nuits descendaient rarement en dessous de 14 °C, se maintenant parfois obstinément autour de 19 °C. Nous n’avons vendangé que le matin, car sinon les raisins auraient été trop chauds et les fermentations trop explosifs. Certains jours, nous avons arrêté la vendange dès 11 heures.
Dans le sud du Rhône, beaucoup vendangeaient dès la mi-août, et dès la mi-juillet dans l’appellation Fitou, plus au sud (près de Perpignan). Est-ce là l’avenir ? Qui oserait parier que ce ne sera pas le cas?
Le principal enseignement à tirer de cette récolte réside dans les rendements historiquement bas. Certaines parcelles ont produit moins de la moitié de leur volume moyen. Alors que les derniers sucres sont encore en cours de fermentation, on constate que le Grenache a conservé son acidité malgré les conditions, tandis que la Syrah semble plus veloutée. Les vins blancs ont également conservé leur fraîcheur. Face à l’évolution si dynamique du climat, les vignes s’adaptent (racines s’enfonçant plus profondément, moins de fruits par pied) et les hommes adaptent eux aussi leurs pratiques (moins de travail du sol, conservation d’un couvert végétal maximal pour l’ombrage, vendanges plus précoces).
La récolte s’est terminée sur une note émouvante, avec le départ de Clémence, qui était à nos côtés depuis une décennie. Elle nous manquera énormément. Cela a coïncidé avec le départ à la retraite de Dominique, qui travaillait avec nous depuis 2003 (à temps partiel ces dix dernières années). Tous deux se sont beaucoup investis pour le domaine. Nous avons donc perdu 35 ans d’expérience en octobre. Pas de pression donc pour Sarah, qui vient de rejoindre l’équipe.
Enfin, le célèbre guide des vins français Bettane+Desseauve a désigné le Ventoux comme « appellation de l’année 2027 », le qualifiant de l’un des territoires viticoles les plus passionnants. C’est agréable d’obtenir cette reconnaissance, mais si vous lisez ces lignes, vous en êtes sans doute déjà convaincus… À votre santé !


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