Château Unang – Rapport de Vendanges/Saison 2025
Humide, Chaud, Humide… puis serein (contre l’année dernière : Humide, Humide, Humide)
Ce ne fut pas une année, ni une vendange, de tout repos – mais on a de plus en plus le sentiment qu’une “saison normale” n’existe plus, et que les agriculteurs du monde entier doivent désormais composer avec des saisons ponctuées d’événements climatiques extrêmes, plutôt qu’avec une météo stable et prévisible.

Un hiver et un printemps pluvieux
Les quatre premiers mois de l’année ont apporté 300 mm de pluie, ce qui nous a tous ravis : les précipitations hivernales c’est de l’eau “en banque” — à savourer tant qu’elle tombe, car on ne sait jamais quand elle s’arrêtera. Sauf que cette fois, la pluie a persisté jusqu’au début juin, suscitant des inquiétudes quant à la pression croissante des maladies (mildiou).
L’été arrive en force
Dès la première semaine de juin, l’été s’est installé brutalement, avec une vague de chaleur intense (températures dépassant les 35°C). Heureusement, les vignes, bien gorgées d’eau, ont tenu sans stress face à ces premières chaleurs. La nouaison s’était bien déroulée pour la plupart des cépages (à l’exception du Grenache, marqué par une forte coulure), laissant espérer une récolte généreuse.
Juillet frais et venteux
Juillet a été plus frais, marqué par un Mistral persistant – climat agréable pour les nordistes, un peu frustrant pour les locaux et les touristes.
Août : canicule et pluies diluviennes
Mi-août, une vague de chaleur brutale de neuf jours a mis les vignes à rude épreuve, provoquant un ralentissement de leur maturation plutôt qu’une accélération. Puis, à partir de fin août, la pluie est revenue… et n’a plus quitté la région pendant quatre semaines, avec des orages à répétition jusqu’au 20 septembre. Nous avons enregistré 240 mm de pluie à Unang durant cette période (dont 123 mm en un seul orage, un record pour nous !). Le premier orage fut une bénédiction : la nature en avait besoin.
Les suivants ont eu des effets plus contrastés : baisse des sucres, meilleure maturité acide et phénolique… mais tant d’eau juste avant vendanges, c’est rarement une bonne nouvelle.
Il y avait beaucoup d’inquiétude : problèmes de maturation, risques d’éclatement de pellicule, pourriture.
Heureusement, la chaleur extrême de l’été avait sans doute renforcé les peaux — notamment pour les cépages tardifs (Grenache, Mourvèdre) — qui ont bien traversé cette période.
Un sauvetage par le temps sec
Quatre semaines de temps sec, accompagnées de nuits fraîches (5°C) et de journées ensoleillées (25°C), ont finalement sauvé la récolte. Cette belle amplitude thermique, typique du Ventoux, a relancé la maturité de façon spectaculaire.
Des vendanges étalées et précoces
Nos 15 jours de vendanges se sont échelonnés du 5 septembre (pour les premiers Cinsault, Syrah et Grenache rosé) au 7 octobre (derniers Grenache et Mourvèdre), sous la fameuse Pleine Lune des Vendanges. C’est environ une semaine plus tôt que notre fenêtre habituelle, mais ce n’était pas une année pour “pousser” les maturités.
Heureusement, notre équipe habituelle de vendangeurs était là, sous la direction attentive de Clémence, pour piloter cette saison complexe. 


Les blancs : une belle surprise
Clairette, Grenache Blanc, Viognier et Rolle ont profité de la pluie, offrant de bons rendements (sauf le Roussanne, toujours en dessous de 20 hl/ha). Les rendements des rouges précoces (Syrah, Cinsault) étaient corrects, ceux du Grenache moins. Pourtant, malgré les aléas, les vins en cours (fermentations alcooliques terminées, malolactiques en attente) s’annoncent prometteurs : plus frais, avec notre signature acide bien présente, des degrés modérés (12-13° pour les blancs, 13-14,5° pour les rouges), des tanins fins et une belle expression fruitée.
En cave : innovations et tradition
Dans la cave, nous avons poursuivi le travail entamé l’an passé :
fermentations avec levures indigènes, sans incident notable.
Les fermentations plus lentes permettent des interventions plus fines et apportent, au-delà du pur fruit, une complexité aromatique supplémentaire.
Nous avons également poursuivi les vinifications en grappes entières (inclusion des rafles avec les baies).
Cela donne des vins plus épicés, plus aériens.
Nous n’avons pas dépassé 50 % de rafles, toutes n’étant pas suffisamment mûres. Nous observerons leur évolution dans les mois à venir.
La faune s’invite… un peu trop
Les dégâts causés par la faune ont été plus importants que jamais : dans une parcelle clôturée, ils nous ont laissé seulement 15 % des grappes. Les coupables semblent être les chevreuils, de plus en plus présents à Unang, ainsi que les pigeons et geais.
Heureusement, ces élégants visiteurs grignotent délicatement, contrairement aux sangliers, plus destructeurs.
Mais une intervention s’impose tout de même…
Vers une viticulture régénérative
Joanna poursuit le travail régénératif au vignoble.
Nous venons de semer un mélange de pois fourragers, vesce, fèves, avoine, orge et triticale sur l’ensemble des parcelles.
Ce couvert sera fauché en mai 2026 afin d’éviter toute concurrence hydrique en été, tout en :
• restituant de l’azote au sol,
• augmentant la matière organique (et donc la séquestration de carbone),
• et laissant un paillage naturel, humide et rafraîchissant.
Cette approche s’ajoute à nos traitements biodynamiques, les deux cherchant à renforcer la résilience des vignes face à un climat de plus en plus imprévisible.
JK – 21.10.25


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